Persona non grata

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Je parlais avec une amie, enfin une personne, de la difficulté d’être une personne dans un monde où personne n’est plus vraiment pour personne. Il y a de la tragédie antique dans cette affaire, donc matière à de la joie. Si les Cyclopes n’ont pas fini de cogiter, je m’étonnerais toujours de la formidable ironie de ce terme unique qui porte en lui sa propre forme de négation. Mon nom est Personne! Je suis et je ne suis pas, au cœur même d’un simple vocable. Une vrai sémantique de la schizophrénie, les fondements de la tragédie de notre univers sentimental, quand nous espérons être aux yeux d’un autre alors que nous ne sommes rien, ou bien que nous croyons mourir d’insignifiance alors que nous sommes tout ou presque tout, voire un poil suffisant. Tout cela est inscrit dans la nature même des Statues et je comprends si bien leur mélancolie.

Le Smiley de l’Emmerdeur

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Le Smiley de l’Emmerdeur – La déraison à fleur de peau sous un bonnet jaune. Cet émoticône vivant du “j’emmerde” vocifère ses outrances. Seul au monde sur son îlot de canari boiteux, il me fait rire le bougre. Je l’envie d’oser. Etre à mon tour l’emmerdeur assumé qui crie à tue-tête, chie sa race sur les visages pâles des passants du normé, jusqu’à conchier le monde entier sous la lumière ardente de mes astres noirs. Sombrer dignement dans la diagonale du timbré comme Nietzche au chevet du cheval battu de Turin. Il emmerde le formaté, il est le vice de forme. Doigt d’honneur héhonté là où le vent l’emporte, dans l’entrejambe des petites salopes des faubourgs de luxe ou les narines bourgeoises de tous les cons. Rien que des trous du cul qui croisent sa route et jettent un regard prude ou médisant sur le malpropre du bitume. Allez tous vous faire foutre, qui que vous soyez ! C’est moi, le Prince des Justes.

In the Vortex

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In the Vortex – En entrant dans le tube (c’est moi en tenue légère sur la photo), j’ai pensé à Charles Bukowski et son “Petit Ramoneur”, vous savez, l’histoire extravagante de ce type qui rapetisse et devient godemichet pour son insatiable maîtresse. Sans doute la plus unique des aventures intérieures pour un mâle au feu sacré, une expérience de pénétration intégrale multisensorielle, une apnée inouïe dans la cosmogonie du Féminin humide. Ups, je m’emballe. Bref, j’ai pensé au fou de Buko, quand je me suis fait enfourner comme une jolie quenelle dans le tube à vibrations radio. Il faut dire qu’elle grognait cette grosse bebête. Je ne sais pas ce qui est le mieux, mais pour l’IRM c’est fait! Pour l’Homo-Godus, j’attendrai encore. Un jour sans doute avec les folles avancées de la science transhumaniste. Et qui sait ? Trouverai-je alors moi-aussi, là, tout au fond de ce mystérieux vortex un trésor imbrobable ou un bel harmonica. Quelque chose me dit que ma hanche arthrosée se portera alors comme une rose épanouie.

L’Echange, conte de l’étrange

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L’Echange, conte de l’étrange – Là où la colline se cambre et la route disparaît derrière les basses brumes, aux limites de la frontière, il arrive que la nuit abandonne à la Lune ses plus perverses intentions. Les rumeurs sont tenaces. C’est ici, sous une dense forêt, qu’il se dit que des formes étranges de créatures viennent violer les humaines et enfanter leurs monstres. Personne ne les a jamais vu, mais l’Echange, lui, est volontaire. Les belles sacrifiées s’y adonnent endormies, déposées nues au bord du gué attendant que les Passeurs viennent honorer leurs sacrements. C’est comme cela qu’on les appelle depuis des temps immémoriaux. Je crois que je suis l’une d’elles, l’une de leurs progénitures. Le Vieux Sage me l’a dit un jour, alors que j’entendais moi aussi sourder de loin les brâmes incandescents de ces bêtes nocturnes.

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